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Archive pour la catégorie ‘réflexion’

Semaine des enseignants : choisir de prolonger notre gratitude

Lundi 2 février 2009 par Chantal Longpré

Une semaine pour y réfléchir. C’est un peu ce à quoi nous appelle la semaine des enseignants. Une semaine pour observer où se situe notre compréhension de leur passion, leurs défis, leurs enjeux, mais aussi leurs limites et leurs contraintes.

Une semaine pour observer plus particulièrement avec quel enthousiasme les enseignants portent une charge de responsabilités et d’attentes que peu d’entre nous sont appelés à soutenir. Une semaine pour reconnaître la contribution incalculable que représente la création de l’espace d’apprentissage, le développement des compétences, l’accompagnement vers la réussite, la valse de gestes à poser, aussi, pour entretenir chez nos enfants cette soif d’apprendre.

Une semaine pour se rappeler ces gens à qui les victoires appartiennent rarement, à qui les difficultés des élèves sont trop souvent attribuées. Une semaine pour se rappeler, surtout, qu’il faudra bien prolonger cette réflexion chaque jour. Parce qu’après cette semaine, pour ceux qu’elle tente de saluer, il en restera 51 dans la vie de chacun de nos enfants, accompagnés de leurs enseignants. C’est à eux que je souhaite que se prolonge cette gratitude pour tous les jours qui suivront.

Troquer le dialogue contre la détresse

Lundi 10 novembre 2008 par Julie Lussier

Il aura été difficile ces dernières semaines de ne pas être interpellé par le lot de défis auxquels sont confrontés les jeunes enseignants. D’abord un article du journal La Presse qui abordait le sujet sous l’angle du milieu de vie scolaire d’une jeune élève de maternelle, puis le magazine Sélection du Reader’s Digest qui propose un dossier intitulé « Ces jeunes profs qui décrochent ».

Dans l’un et l’autre des articles, les constats sont accablants. Les chiffres présentés ont de quoi décoiffer le lecteur qui n’a pas marché un mille dans les souliers des directeurs, les témoignages n’ont rien de bien rassurant et le portrait qu’on y présente des directions d’établissement d’enseignement a de quoi faire dresser les cheveux. Regard sur l’envers de la médaille.

Au-delà de la réforme

Les causes exprimées pour souligner la détresse des jeunes enseignants ne reposent pas seulement sur la réforme. Si elle est identifiée comme l’un des obstacles, ce qui semble revenir le plus fréquemment, selon le mensuel, serait « l’inclusion, dans les classes régulières, d’élèves ayant des troubles importants d’apprentissage et l’absence de ressources spécialisées pour les aider. » Viennent ensuite les politiques de non-redoublement, l’absence de cote pour les élèves en difficulté, la clientèle lourde, les classes bondées, la surcharge de travail, les parents refusant de soutenir l’enseignant, le manque de ressources professionnelles et finalement, « des directions qui […] préfèrent ne rien voir le jour où un élève en colère lance un livre à la tête de son professeur. » La table est mise dites-vous?

Au-delà des apparences

On me permettra ici de déplorer le fait que le point de vue des directions d’établissement d’enseignement soit complètement absent de cet article. L’ouverture que nous préconisons et présentons ici depuis plusieurs semaines ne peut transparaitre lorsque les médias choisissent de sectoriser la présentation des enjeux scolaires sous l’angle des professions, sans lien les unes avec les autres, dans la compréhension et la poursuite des objectifs. Pourtant, des initiatives telles que les journées interrégionales pour la persévérance scolaire et la réussite éducative font la démonstration qu’au-delà des préjugés entretenus envers les différents acteurs scolaires, la concertation et l’ouverture sur l’autre et son milieu sont des pistes de solutions génératrices d’enthousiasme pour les buts que nous poursuivons.

Le rôle des directions d’établissement d’enseignement se joue justement au cœur de ses détresses et des inquiétudes qu’elles soulèvent, dans une responsabilité d’écoute, d’analyse, de concertation, de conciliation, de négociations quotidiennes et de leadership soutenu afin de mener à bien une mission dont elles acceptent avec enthousiasme toute la signification. Il est à ce point agréable pour nous d’en soulever toute la portée que nous souhaitons, lorsque ces enjeux sont présentés, avoir l’opportunité d’engager, aussi, le dialogue à propos des enjeux. Pourquoi ne pas le faire ici?

Fragments d’une pédagogie (deuxième partie)

Lundi 5 mai 2008 par Julie Lussier

Une posture créative face aux médias de masse
Par Pierre D’Amours, chercheur, consultant en créativité et coach scolaire

I. L’enfant de trois à huit ans

Cette personne sent le besoin de donner naissance, de façon urgente, à un monde qu’il pourra nommer. Il sent en quelque sorte le besoin de l’ordonner selon la loi des mots. Ceci explique sans doute en grande partie le succès d’émissions de télé comme Sesame Street, Passe Partout ou Cornemuse. Celles-ci donnent une place vedette aux mots et à tout ce qui peut faire apparaître des histoires pouvant créer d’autres mondes imaginaires sur la scène psychique de l’enfant. Ces émissions ne sont pas, à proprement parler, traversées par un courant mercantile. On ne s’en sert pas pour vendre une salade, aussi verte soit-elle.

Quant à la plupart des autres émissions pour enfants, on pourrait y trouver une utilité sociale de réservoir pour recyclage futur, le temps que l’être humain y trouve une fin surréaliste, dépourvue de tout sérieux de divertissement. Il est bien connu que la distraction à soi-même accentue notre passivité qui devient ainsi un terrain fertile pour nous passer en douce des vessies pour des lanternes, des besoins pour des désirs.
Un antidote efficace à cette action insinuante auprès des jeunes enfants m’apparait se situer du côté d’un accompagnement adulte qui sélectionnerait pour eux les bonnes émissions et les pas bonnes pantoute. Il n’est pas vrai que le visionnement à satiété de comportements violents n’influence pas la psyché humaine.

II. La personne de huit à dix-huit ans

Ken Wilber (1997) , psychologue et philosophe américain parle de cette période de la vie en termes de conscience sociale. L’individu de cet âge expérimente la construction de sa personne à travers son réseau social. Il apprend les divers codes sociaux des personnes qu’il côtoie. C’est ainsi qu’il apprend de plus en plus à mieux jouer son rôle d’enfant, d’élève, de camarade ou de consommateur de symboles ou d’objets. Il apprend en même temps à négocier en vue de la satisfaction de ses besoins et intérêts. Il apprend aussi la game comme on dit souvent.

Le rôle que joue cette jeune personne le définit en quelque sorte. L’achat d’une paire particulière de jeans jugée favorablement par ses pairs est à placer tout en haut de sa liste de priorités. Paradoxe : il se conforme tout en voulant s’individualiser par la prise d’une distance par rapport à la génération précédente.

Face au monde écran (internet, télé, jeu électronique ou de la toile), il a un besoin réel de faire un équilibre pertinent entre son désir de s’émanciper et son besoin de laisser cours à ses pulsions. Se conformer en devenant consommateur de symboles prisés, mais pas au prix de son individualisation. Il a donc besoin d’un accompagnement sachant faire la part des choses, sachant donner la chance au coureur sans jamais renoncer à appeler une manipulation, une manipulation.

III. La personne de dix-huit à quatre-vingt-dix-huit ans

Ce n’est pas parce qu’on est légalement considéré comme adulte que l’on est nécessairement à l’abri de toutes les séductions : la conservation éternelle d’une image jeunesse, la recherche et l’affichage des images gonflantes de réussite sociale, l’enfoncement en paradis artificiel (celui de l’hédonisme comme celui du raccourci chimique), etc.

Il faut reconnaître que les relais médiatiques sont particulièrement efficaces pour ce genre d’opération. Autrement, pourquoi dépenseraient-ils autant d’argent dans le marketing, le réseautage pour ne pas dire noyautage ou la visibilité médiatique? Devons-nous nous montrer réellement surpris lorsqu’on nous annonce un montant faramineux pour mettre en marché tel ou tel film hollywoodien? Si on le fait, c’est parce que c’est rentable à différents plans, à moins de manquer de pif marketing.

Le moins que nous puissions faire est, me semble-t-il, d’apprendre à relativiser tout ce monde du paraître. J’écoute les lignes ouvertes traitant du sport et les commentaires des journalistes sportifs. Je trouve qu’ils font un bon travail pédagogique dans un certain sens. Ils parlent souvent en termes de sport-spectacle, de retour sur l’investissement, du monde impitoyable d’être un gagnant dans ce monde de la performance, de l’homme d’affaires derrière tout hockeyeur professionnel ou de propriétaires de franchise extrêmement conscients du véhicule commercial que constitue toute équipe professionnelle de nos jours (lieu efficace d’identification et de projection!). Ils font comme un travail de révélation du making of du monde du divertissement.

Saurons-nous, comme adultes de cette société, en faire autant auprès de nous-mêmes? Apprendre lucidement que derrière la vitrine commerciale se dissimulent des acteurs qui tirent des ficelles pas toujours pour notre propre édification? Apprendre à résister à nos métaprogrammes renforcés quotidiennement par la société de l’hédonisme? Lire entre les lignes? Relativiser nos croyances pour trouver les pierres blanches qui nous mènent vers chez-nous?

Fragments d’une pédagogie (première partie)

Mardi 22 avril 2008 par Julie Lussier

Une posture créative face aux médias de masse

Par Pierre D’Amours, chercheur, consultant en créativité et coach scolaire

Les images qui nous construisent

Il y a une quinzaine d’années, s’est forgée en moi l’image d’habiter près du grand fleuve Saint-Laurent. Je me voyais célébrant le va-et-vient ce cette mer intérieure; je m’imaginais appuyé à cette masse d’eau surprenante et berceuse. On dit que l’image faisant appel fortement à plusieurs sens finit sa course dans le système comportemental humain. J’ai ainsi acheté un terrain en bordure du Saint-Laurent et fait bâtir une petite maison en l’amarrant au tumulte des grandes eaux.

Tout dernièrement, marchant près du fleuve, je tentais de retracer les impressions que celui-ci pouvait avoir creusées dans ma psyché. Ce que je découvris m’étonna quelque peu. Les impressions me semblaient s’être figées dans le temps. Elles avaient presque la puissance d’une image de carte postale, celle que l’on remarque dans un comptoir de présentation. Je dis presque parce qu’en même temps que la prise de conscience de la conversion du fleuve en image carte postale, une autre vision s’est faufilée en moi, celle de ce fleuve intensément présent à ce moment précis de ma marche. Présence non pas de carte postale, mais présence poétique.

Génération Passe-Partout

Des sociologues québécois ont un jour recherché les images pouvant constituer la mémoire collective de la génération du début des années soixante-dix. Ils ont trouvé les images des personnages et de leurs aventures de l’émission Passe-Partout, le grand succès de Télé-Québec. Tout comme un espace-temps s’infléchit dans l’entourage d’un corps céleste en mouvement, la psyché de la génération des années soixante-dix s’était courbée d’émerveillement devant les irrésistibles péripéties des personnages de Passe-Partout.

Pendant la fin de ce printemps québécois 2008, nous assistons à une explosion de drapeaux, fanions, casquettes, chandails, épinglettes, alouettes du club de hockey Les Canadiens de Montréal. La sève bleu blanc rouge parcourant follement les veines des partisans de ce club dynastique fait même affleurer au visage de plusieurs ces mêmes couleurs. Les images associées aux Canadiens de Montréal les mettent comme en ébullition. Après, elles semblent se convertir en une sorte d’expression étonnante : des tatous tout partout. Cette étape de dessin s’apparente, selon une expression savante, à une épopée glorieuse ou dite de la Sainte Flanelle, époque si intense qu’elle est capable de générer des fantômes pouvant hanter longtemps un certain nombre de temples du hockey.

Seul face aux médias de masse

Qui veut avoir une conscience exacte des images habituelles ou consensuelles qui se forment dans la mémoire individuelle? Il est en effet très facile de penser ce que nous avons déjà, de mémoire, visionné des dizaines de fois et de ne s’en tenir qu’à cela. Notre quotidien parlé-vrillé de plusieurs clips publicitaires nous en fait une confortable démonstration.

Mais ce phénomène de massification des images peut-il laisser de la place à de la singularisation? Y-a-t-il une marge à cette page historico-technologique? En tout cas, un certain nombre d’organisations y croient ou feignent d’y croire. Nous n’avons qu’à penser au slogan « soyez à la marge » avec la radio universitaire montréalaise, à toutes les publicités vues à la télévision vantant l’originalité comme étant the affiche de marque numéro uno ou à ces quarante pour cent d’allemands, selon un sondage récent, désirant devenir auteur, écrivain, romancier (le Blues du Businessman!).

Qu’en est-il véritablement de l’individu qui veut aller vers lui-même, en résistance des images inconscientes qui s’affichent? Pour faire rapidement, il me semble qu’en gros, nous avons affaire à trois niveaux psychologiques des eaux de la psyché humaine… (à suivre)

J’ai grandi avec une place à prendre

Lundi 14 avril 2008 par Serge Morin

Une employée du siège social me demandait mon opinion sur l’impact du redoublement au primaire pour son enfant en prenant son café avec moi. Persévérance scolaire et estime de soi chez les garçons au primaire : c’est un sujet qui me tient à cœur. J’ai surtout parlé de maturité, en comparaison avec les autres élèves. Les dates d’entrée à l’école étant instaurées principalement pour des raisons administratives, il est nécessaire selon moi de prendre le temps d’analyser chaque situation en prenant en compte l’individualité de l’enfant. C’est en travaillant ensemble, une équipe formée d’enseignants, de directions, d’orthopédagogues, d’orthophonistes, de psycho-éducateurs et de parents, que nous pouvons prendre une décision éclairée pour l’avenir de l’élève. Aussi et surtout, parler avec l’enfant pour comprendre sa vision, car derrière chaque mot qu’un élève prononce, se cache souvent une histoire beaucoup plus longue.

Je reviens tout juste d’un voyage en Finlande. Du tourisme pédagogique, tel que mentionné par Louise Lafortune dans Le Devoir le 1er avril. J’en reparlerai prochainement, ici et ailleurs, mais une particularité m’a marqué. En Finlande, les enfants ne sont pas de trop. Oubliez le nombre d’élève par enseignant un instant. En Finlande, que ce soit dans les classes ou dans les rues, les enfants ont leur place.

- Serge Morin, président