Réduction du ratio élèves-enseignants: Les moyens de nos ambitions
Jeudi 27 novembre 2008 par Chantal LongpréCampagne électorale oblige, chaque parti y va de son trousseau de solutions qui viennent animer, avec plus ou moins de vigueur, le débat sur les grands enjeux du monde de l’éducation. Cette campagne n’allait pas y échapper et voilà que l’une des promesses sur laquelle au moins deux des partis semblent s’entendre est d’abaisser le ratio du nombre d’élèves par enseignant[1].
On ne saurait être contre la vertu, encore faudrait-il que les moyens s’approchent d’une certaine forme d’espoir d’atteindre la finalité recherchée. Une approche quantitative trouvera certes une certaine forme de résonnance dans le grand public - c’est bien là qu’on cherche à être entendu d’ailleurs - mais est vite venue décevoir un milieu de l’éducation résolument tourné vers des stratégies qui tiennent compte de la réalité scolaire. Cette réalité, c’est la zone de tolérance au dépassement de l’actuel ratio. On pouvait lire sur le blogue d’un Prof malgré tout:
«Effectivement, la différence entre une classe de 23 élèves et une classe de 18 élèves en sixième année du primaire n’est pas énorme. Le problème, c’est que parfois, ils sont 30 dans une classe de sixième année. Voulez-vous parier que ça fait une différence 23 à la place de 30? Surtout si ça se répète pendant plusieurs années pour une même cohorte d’élève.»[2]
Une réaction pareille n’est pourtant pas surprenante. Quota, ratio, liste d’attente, réduction de temps d’attente, le vocabulaire qu’on utilise politiquement pour proposer des solutions suggère l’approche quantitative à un milieu animé d’individus passionnés, engagés et commis au meilleur exercice qui soit de leur profession. Le milieu de l’éducation n’est pas le seul à en compter, mais il est certainement l’un de ceux où la direction a un vif désir de parler d’une stratégie globale, qui tiendra compte du désarroi de ses artisans, les enseignants.
Tout juste sorti au moment de rédiger ce billet, le Manifeste pour que l’école redevienne une priorité nationale dégageait lui-même, du préscolaire à l’université, tout un lot de mesures dont la réduction d’élèves par classe, mais aussi d’autres stratégies périphériques:
«Les onze revendiquent entre autres une diminution du nombre d’élèves par classe, le développement des activités parascolaires, de meilleurs services de garde en milieu scolaire, un réinvestissement de 1,5 milliard $ du primaire à l’université, et une bonification du régime de prêts et bourses[3].»
Nous parlions récemment de la détresse des enseignants, des causes et des moyens qui pouvaient être utilisés pour tenter d’y remédier. Nous parlions aussi des ressources et de leur importance pour mener à bien la mission éducative. Pour contribuer à la santé de notre système d’éducation, il ne suffit pas de multiplier le nombre de passionnés qui y travaillent ou de réduire le nombre d’élèves avec lesquels ils partagent cette passion, il faut surtout voir à donner au milieu les moyens de notre passion collective, l’élève.
[1] Reportage Épreuve des faits, Société Radio-Canada, 18 novembre 2008. Consulté le 23 novembre 2008.
[2] Ratio 101, Prof malgré tout, 17 novembre 2008, consulté le 23 novembre 2008. http://profmalgretout.blogspot.com/2008/11/ratios-101.html
[3] Manifeste Faire de l’éducation une priorité nationale, Lia Lévesque, Cyberpresse, 24 novembre 2008 - http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-provinciales/200811/24/01-803837-manifeste-faire-de-leducation-une-priorite-nationale.php - Consulté le 24 novembre 2008
